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Le sport peut-il réconcilier le monde avec la Corée du Nord?

Des JO historiques. C’est le 9 février qu’aura lieu la cérémonie d’ouverture des 23èmes JO d’hiver organisés à Pyeongchang, en Corée du Sud. Ces jeux, qui se clôtureront le 25 février, sont l’objet de toutes les attentes. Sportives? Non, politiques.

Car si en 2011 Pyeongchang a remporté haut la main l’organisation des JO avec 63 votes, contre 23 à Munich et 7 à Annecy, c’est d’abord, et avant tout, parce qu’on voyait dans cette décision la possibilité de réintroduire le voisin Nord-Coréen dans le concert des nations.

Les Etats ont agi en vertu d’une croyance simple: le sport règle tous les problèmes. Il serait à la fois bon pour la santé, pour l’intégration, pour le tissu social, pour l’éducation des jeunes, pour le respect, pour le sens de l’effort et du partage, pour le travail d’équipe, pour la création d’emplois… Et, last but not least, il serait un exceptionnel outil de régulation des relations internationales, qui permettrait d’agir efficacement là où la diplomatie serait impuissante. Le sport serait la panacée. A moins que ce discours ne soit qu’une illusion. A moins que le sport ne soit qu’une « poudre de perlimpinpin » à destination des opinions publiques.

La fin de l’illusion sportive

Car le sport n’a pas peut-être pas toutes les vertus qu’on lui prête. La France est, par exemple, le pays européen qui a la politique publique du sport la plus développée. Sous la présidence du Général De Gaulle, l’Etat s’est emparé du sport et l’a réglementé de A à Z, en l’organisant et en l’administrant comme il régule et administre toute autre politique publique. C’est-à-dire avec un niveau d’interventionnisme particulièrement élevé.

Et pourtant, la pratique du sport ne cesse de reculer chez les jeunes Français. Le sport n’a pas résolu nos questions ou nos angoisses sociales les plus majeures, comme l’intégration ou le « vivre ensemble ».

Le sport a, au passage, perdu toute son innocence morale. Les valeurs du sport sont bafouées d’une manière constante par certaines fédérations sportives, partout dans le monde. La corruption n’a pas été endiguée. Le sport est considéré par les autorités financières comme une activité à risques facilitant le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale. Le dopage a atteint des dimensions industrielles – voire étatiques. Les paris en ligne ont fait exploser le nombre de paris illégaux. Les discriminations, notamment à l’égard du sport féminin et des sportives en général, sont endémiques. L’explosion des affaires de viols sur athlètes mineurs – comme la terrible affaire Nassar, qui a fait plus d’une centaine de victimes aux Etats-Unis parmi les gymnastes – fait douter des motivations de l’encadrement sportif.

Autrement dit, le sport n’est pas vertueux par lui-même. Il est à l’image de notre société. Il est aussi, comme toutes nos autres activités, ce que nous en faisons. Ce qui est valable en France l’est aussi en Corée du Sud, et sur la scène internationale.

L’âge de raison

Faut-il, pour autant, désespérer du sport? Non. Tout d’abord parce que le sport crée vraiment du lien social. Que la pratique soit collective ou individuelle, mais exercée contre d’autres ou avec d’autres. Elle met en relation, confronte, rebat un peu les cartes du jeu social.

Ensuite, parce que les grands événements sportifs sont effectivement des moments de rassemblement, nationaux et internationaux. Du 9 au 25 février, pendant les 23èmes JO d’Hiver à Pyeongchang, nous supporterons nos athlètes. Parce qu’ils sont Français, parce qu’ils nous représentent et parce qu’ils sont des nôtres et luttent contre les autres. Pendant le temps de cette compétition, ils seront nous et nous serons eux.

Enfin, parce qu’à travers ces compétitions internationales, les Etats font de la politique. La participation à ces grands événements, ou leur accueil sur le territoire national, répondent à des préoccupations de prestige, de reconnaissance, de relations publiques autant qu’à la recherche – souvent vaine – de retombées économiques.

Le modèle Qatari

Les grandes compétitions permettent à certains Etats de se positionner sur la scène internationale, comme le fait actuellement le Qatar, d’une manière très ostentatoire. Mais Doha n’a rien inventé. Sans aucune comparaison avec le Qatar, les Jeux Olympiques à Berlin ont été, dès 1936, un excellent exemple des débuts de la politisation du sport orchestrée par l’État, et de son utilisation comme outil de propagande.

Plus récemment, la rivalité entre l’hôte catalan et l’Etat espagnol dans le contexte des Jeux Olympiques de Barcelone, en 1992, ou les nombreuses controverses autour des Jeux de Pékin en 2008, sont deux exemples qui illustrent que le sport est, tout comme la guerre et comme le dirait Clausewitz, « une continuation de la politique par d’autres moyens ».

Et tel sera bien le cas à Pyeongchang. La Corée du Nord a bel et bien décidé de participer à ces « Jeux de la paix », et de se remettre à la table des négociations avec son voisin du sud, alors même que les négociations étaient officiellement rompues depuis plus de 10 ans.

Pour mieux marquer ce réchauffement diplomatique, les deux Corée défileront même ensemble lors de la cérémonie d’ouverture de ces JO, et engageront une seule et même équipe féminine de hockey sur glace. Un magnifique symbole.

Alors profitons de ces 23èmes JO d’hiver. Le sport entre dans « l’âge de raison ». L’âge adulte. Il est, plus que jamais, important de participer. Pour gagner ensemble.

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A propos Thierry Granturco

Thierry Granturco est avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste de droit du sport. Il est actif dans le milieu du football professionnel depuis plus de 20 ans après avoir lui-même joué à haut niveau à l'Olympique Lyonnais (OL).

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