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Le football français vu par Thierry Granturco, l’ex-président du FC Rouen

Quelques mois après la fin des espoirs de Ligue 2 du FC Rouen, contraint de repartir en Division d’honneur (DH), Thierry Granturco était de retour à l’occasion d’une conférence sur le thème « Le foot… plus qu’un jeu! » dans le cadre des Mercredis du Sport Professionnel. Cette conférence avait lieu à Mont-Saint-Aignan – à la Maison de l’Université – et était animée par trois étudiants de Master 2 Marketing et Management des Structures Sportives qui connaissent le sport de haut niveau, puisqu’il s’agissait de Franck Chaussidière, ex-footballeur passé par Clermont et le FC Rouen, Alexis Denis, demi-centre du Caen Handball, et Michel Rodriguez, défenseur emblématique du FC Rouen, resté au club malgré sa rétrogradation.

Le sujet épineux de la DNCG

Trois thèmes étaient abordés durant cette conférence : la structure juridique du football français, l’économie du football français et les enjeux du football avec la politique. L’occasion pour l’ex-président du club rouennais de partager les connaissances qu’il a acquises durant son expérience à la tête du FCR et d’apporter sa vision personnelle sur quelques sujets qui touchent à l’économie du sport. Au moment de présenter les instances destinées à contrôler les finances des clubs, le passage concernant la DNCG (Direction nationale de contrôle de gestion) était évidemment très attendu :

La DNCG est un organisme supposé veiller à deux missions : garantir l’équité des compétitions sportives en s’assurant qu’aucun club n’ayant pas la possibilité de terminer la saison sportive ne soit engagé dans un championnat, et viser à la pérennité des clubs, ce qui n’a pas réellement fonctionné cette saison, puisque Rouen, Le Mans et Sedan ont déposé le bilan. Concrètement, je pense qu’il est légitime de se poser une question : quel est l’impact de la présence de la DNCG sur les finances des clubs ? Dans le cas du FC Rouen, nous avions les moyens de nous engager dans le championnat de National et de le terminer, mais notre situation nette comptable était négative et c’est ce qui nous a tué, malgré les garanties que nous possédions. D’ailleurs, ce système est beaucoup plus souple pour les clubs professionnels que les clubs amateurs. Si les sanctions appliquées au monde amateur l’étaient aussi pour le football professionnel, il n’y aurait plus grand monde en Ligue 1 et Ligue 2. Au total, seulement 13 clubs professionnels font des bénéfices. En y ajoutant Rennes, qui atteint l’équilibre, ça fait très peu. »

L’avocat d’affaires n’est pas convaincu non plus par l’arrivée au niveau européen du fair-play financier, une mesure de l’UEFA qui vise à ce que les clubs ne dépensent pas plus qu’ils perçoivent :

C’est un principe louable car le championnat de France n’est plus un championnat majeur en raison de règles plus rigoristes qu’à l’étranger. Mais le fair-play financiers’applique sur les comptes de l’exercice qui vient de s’achever alors qu’ici, il faut anticiper l’exercice qui vient. Et je lis que les “dépenses déterminantes” ne doivent pas excéder les “recettes déterminantes”. J’aimerais bien que l’on m’explique ce que sont les “dépenses déterminantes” et les “recettes déterminantes”. Je pense que c’est volontairement assez flou pour laisser une marge de manœuvre à certains clubs. »

« Le football français avance au rythme des coups de pied au c… »

Après avoir abordé le thème des budgets de clubs et des droits télévisés, il s’attaque au système du championnat de National :

En ce moment, il y a une grande réflexion menée par l’Union Européenne au sujet des transferts de joueurs car il y a des situations qui sont juridiquement inacceptables. Une réforme drastique des transferts devrait être menée et elle affecterait les finances de beaucoup de clubs de Ligue 2, comme Le Havre, qui ont besoin des revenus liés aux transferts de leurs joueurs pour boucler leur budget. En National aussi, les clubs ne se battent pas avec les mêmes armes. Les clubs qui descendent de Ligue 2 disposent d’une enveloppe de droits télévisés bien supérieure aux autres, ce qui fait que les clubs ne se battent pas avec les mêmes armes. La situation n’est pas bonne car les intérêts de chacun ne sont pas les mêmes. Mais, je pense qu’il y aura des batailles juridiques à ce sujet. Le football français avance par grands coups de pied au c…, le prochain tombera bientôt et sera douloureux, les dirigeants crieront misère, mais cela continuera. »

Il mentionne également le cas des stades en France :

Peu de personnes pensent du bien des stades ici. Les chiffres sont clairs : la moyenne d’ “âge” des stades est de 66 ans et leur dernière rénovation remonte en moyenne à dix-sept ans. Ils sont vétustes et je pense que cela a un lien avec le fait que les clubs de football ne so

nt pas propriétaires de leur stade. Aujourd’hui, les clubs sont devenus des entreprises, mais les entreprises commerciales disposent de leur outil de travail, ce qui n’est pas le cas des clubs de football et ce n’est pas normal. Avant le match Rouen-Marseille la saison dernière, il nous fallait quelqu’un pour déneiger le terrain du stade Diochon, mais il n’y avait personne pour le faire et l’entraînement se faisait en courant dans les escaliers des tribunes. Les normes de sécurité sont parfois difficiles à respecter : le FC Rouen dispose depuis des années d’une dérogation pour jouer à Diochon; la saison dernière, nous l’avions obtenue quinze jours avant le début du championnat grâce à nos relations avec Valérie Fourneyron. »

Malgré son départ de la présidence du FC Rouen – désormais occupée par Fabrice Tardy, Thierry Granturco garde un œil sur le football dans le cadre de sa profession – il est avocat international en droit du sport – et a pu montrer que cet œil est critique.

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A propos Thierry Granturco

Thierry Granturco est avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste de droit du sport. Il est actif dans le milieu du football professionnel depuis plus de 20 ans après avoir lui-même joué à haut niveau à l'Olympique Lyonnais (OL).

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