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Contre les supporters violents à Lille, voici pourquoi législateurs et juges doivent être impitoyables

Des supporters qui envahissent la pelouse et frappent leurs propres joueurs, après un match nul. C’est le bien triste spectacle auquel nous avons assisté à Lille samedi soir. Un spectacle qui se banalise dans le football français, où les débordements dans les stades et à leurs alentours sont de plus en plus courants. Et il où devient extrêmement difficile de trouver des circonstances atténuantes aux supporters.

Mais s’agit-il bien de « supporters »? Car ceux qui se battent dans ou autour d’un stade, ceux qui détériorent les infrastructures de leurs clubs ou celles des clubs visités, ceux qui menacent les dirigeants ou les joueurs, ceux qui envahissent les terrains pour en découdre avec ceux qu’ils sont censés supporter, ne sont pas des « supporters ». Ce sont au sens strict et pénal du terme, des délinquants.

 

Distinguer les « vrais » des « faux » supporters

Les supporters, les vrais, ne sont pas « les seuls dépositaires de l’âme et de la conscience d’un club », comme on l’entend trop souvent. Mais ils aiment le football pour le football, pour le sport, pour le défi. Ils ont une vérité dans leur engagement, qu’aucun délinquant ne pourra jamais leur disputer.

Ils ne prétendent pas imposer leur volonté aux investisseurs, qui prennent en général un vrai risque financier quand ils reprennent les rênes d’un club. Les « vrais » supporters savent que payer leur place au stade ne leur donne pas tous les droits. D’autant qu’en France, les recettes tirées de la billetterie ne représentent plus qu’une part infime du chiffre d’affaires des clubs professionnels. Les billets, bien que relativement chers, le sont nettement moins que dans un certain nombre d’autres grands championnats. Et il est difficile de les augmenter sans mécontenter – précisément – les supporters.

Tout ceci ne les empêche pas d’avoir un avis. Et de le donner. Car les supporters – et en particulier à Lille – attendent des actionnaires de « leur » club qu’ils investissent leur argent, pour que le club puisse prospérer et leur donner du plaisir. En faisant attention, quand même, à ne pas « trop » investir, pour ne pas les inquiéter. A investir plus, si les résultats sont mauvais. A investir moins, ou mieux, si les joueurs recrutés ne sont pas bons. Et à ne pas hésiter à licencier – et donc à indemniser – l’entraîneur si les résultats sont décevants.

En bref, les supporters ont un avis sur le présent et le devenir de leur club. Pas toujours raisonné. Pas toujours éclairé. Mais ils savent en règle générale raison garder. Ils laissent les dirigeants diriger et les joueurs jouer. Car si les supporters sont une composante du club, ils ne sont pas, pour autant, « le » club.

 

Dialoguer avec les « vrais » supporters, bannir les « faux »supporters du stade

Alors que faire face à la violence? Dialoguer, évidemment. Le dialogue entre les clubs et leurs supporters est même devenu obligatoire, depuis la loi du 10 mai 2016.

Toutefois, en tant qu’avocat spécialiste de droit du sport, j’ai pu participer au cours des 20 dernières années, aux côtés de clubs professionnels français, à des dizaines de discussions entre des dirigeants de clubs et des supporters. Que constate-t-on? Tout d’abord que, comme on l’a vu, les « vrais » supporters sont, en général, passionnés, de bonne foi et que le dialogue avec eux se révèle au final toujours constructif.

Mais que le problème vient de ceux qui ne s’assoient généralement pas autour de la table – les « faux » supporters – et qui, lorsqu’ils acceptent finalement les invitations des clubs, refusent de décliner leur identité, de donner leur numéro de téléphone ou la moindre adresse email pour communiquer durablement avec les dirigeants. En ajoutant qu’ils ne souhaitent pas non plus se constituer en association, pour éviter que la justice ne puisse s’en prendre à leurs responsables.

Avec ceux-là, le dialogue est impossible. Il faut alors avoir le courage de sévir. Durement. Beaucoup plus durement que notre législation ne le permet aujourd’hui. On a coutume de dire que les clubs anglais ont combattu le hooliganisme qui frappait leur football en augmentant le prix de leurs billets. Mais on oublie de dire qu’ils ont aussi frappé d’interdiction de stade à vie, les supporters qui avaient confondu stade de foot et guérilla urbaine.

Pour frapper fort, il faut donc pouvoir condamner des individus pour leurs comportements. Il faut pouvoir les identifier, les traîner en justice et leur appliquer une loi qui les tiendrait éloignés des stades. Quitte à ce que ce soit à vie. Frapper l’ensemble des supporters par des mesures collectives, telles que des interdictions de déplacement, paraît en revanche tout à fait injuste. Voire contreproductif.

Dans l’immédiat, faire condamner les délinquants qui ont voulu s’en prendre à leurs joueurs, en les identifiant grâce aux 200 caméras présentes au stade Pierre Mauroy, est justement ce qu’ont prévu de faire les dirigeants du club de Lille.

Pour le reste, la balle est dans le camp… du législateur.

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A propos Thierry Granturco

Thierry Granturco est avocat aux Barreaux de Paris et de Bruxelles, spécialiste de droit du sport. Il est actif dans le milieu du football professionnel depuis plus de 20 ans après avoir lui-même joué à haut niveau à l'Olympique Lyonnais (OL).

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